Ame animale
Samedi, je me suis rendue au Salon Animalier du Parc Chanot. C'est la première fois que j'y vais.

Je ne sais pas pourquoi exactement ça me met mal à l'aise. Peut-être parce que j'ai l'impression d'être au marché aux esclaves de la Planète des Singes.

Je suppose que ma réaction est exagérée. D'autant plus que ces animaux-là sont choyés, protégés et soignés comme des enfants. N'empêche que ma nausée ne s'est pas encore totalement dissipée.

On les chasse, on les élève, on les gave, on les mange. On les fait travailler, on les trait, on les dépèce, on les teste. Ils sont devenus indispensables à la survie des hommes de tous pays et de toutes générations.

Jusqu'à de récentes recherches, on était enclin à penser qu'ils ne pouvaient souffrir autant que nous, que les sentiments nous étaient réservés et que nous ne devrions pas nous sentir coupables de les utiliser.

Bien sûr, la question de la pensée animale, de son âme, s'est toujours posée. Mais, aujourd'hui, alors que nos comportements ont mis en danger de nombreuses espèces, les chercheurs se penchent plus sérieusement sur les liens qui unissent les gents animale et humaine. Et il y a, apparemment, beaucoup moins de différences que de points communs entre eux et nous.

Les animaux de compagnie sont un peu le reflet de cette tendance qui consiste à personnaliser l'animal. Dans ce cas, il n'y a plus d'animaux, il y a des individus, avec un nom, une identité, une place dans la famille et dans le coeur.

C'est en les côtoyant qu'on s'aperçoit qu'ils sont tous différents, donc uniques. On peut parler de leur personnalité, comme on parle de nos amis humains. On les aime comme des enfants ou des frères. Mais nous restons malgré tout leurs plus grands prédateurs.

Un jour, peut-être, reprendrons-nous la place que nous n'aurions pas dû quitter, celle que notre cerveau reptilien garde en mémoire, d'égal à égal avec tous les êtres vivants.

Parce que nous sommes aussi des animaux, tout simplement.