Menace minérale
« -Allo! Dominique Viel? Bonjour, c’est encore moi, Brigitte Bouche-trou. J’espère que je ne vous dérange pas?
-Que puis-je pour vous, Brigitte?
-J’ai pensé qu’entre deux fêtes, on pourrait continuer notre entrevue concernant les menaces sur la planète dont on ne parle pas beaucoup…
-Mais je vous en prie. Je ne sais pas si nous aurons le temps, mais je peux vous dire ce que je sais des pénuries en minéraux?
-Oui, s’il-vous plait. Ainsi, je pourrai éditer un article dès ce soir sur mon blog. De quels minéraux parlez-vous?
-Le platine, par exemple qui entre dans la composition des pots catalytiques ou de la pile à combustible, mais aussi du palladium ou du rhodium. Du cobalt également qui est nécessaire à l’élaboration des moteurs d’avion, des turbines à gaz, des outils de coupe, des pièces d’usure, des disques durs, des piles et des batteries pour les téléphones et les ordinateurs, des implants dentaires, des prothèses articulaires…
-Ouh, là! Je n’ai pas tout noté! La liste est longue!
-Oui, et tout comme les combustibles, les matières minérales non énergétiques sont des ressources finies. Et elles sont rarement substituables entre elles.
Vous pouvez aller voir les chiffres-clés sur www.minefi.gouv.fr.
-Il y a donc risque de pénurie?
-Malheureusement oui. Pénuries qui entraînent notamment des risques politiques, car ces matières sont essentiellement localisées en dehors des grands pays industrialisés. Souvenez-vous qu’en 1978, certains pays occidentaux, dont la France, envoyèrent des troupes à Kolwezi pour préserver les installations minières.
-C’était la guerre au Shaba, la région du Zaïre riche en cobalt?
-Effectivement, et le cours du cobalt s’est en volé. Comme lors de la guerre qui déchira ce pays dans les années 90. En 1979, après la suspension de son exportation par l’Union Soviétique, le prix du titane fut multiplié par sept! Dix ans plus tard, à la suite de l’effondrement de l’empire soviétique, les substances minérales qui ne trouvaient plus de débouchés inondèrent les marchés occidentaux. Mais d’autres guerres émaillèrent, de manière récurrente, les territoires africains les plus riches en ressources.
-Les pays industrialisés ont intérêt à faire cesser les conflits dans ces pays…
-La fin d’une guerre y est parfois, sous couvert de reconstruction pacifique, l’occasion de prédation, comme le prêt de 3,5 milliards d’euros que la Chine a attribué, en septembre 2007, à la République Démocratique du Congo, gros producteur de diamant, d’or, de cuivre, de cobalt et de tantale…
-Le tantale qui entre dans la composition des téléphones portables? On dit que l’augmentation du prix de ce métal serait un des facteurs de la guerre civile qui a ravagé la République du Congo de 1998 à 2002...
-De toutes façons, les ressources en cuivre, en zinc et en autres métaux ne pourront répondre sans fin aux besoins croissants de la population mondiale, même en tenant compte de la possibilité de recycler les métaux utilisés. Plusieurs études ont été menées à ce sujet, et aucune n’est rassurante.
-Alors que faire pour éviter une situation de pénurie?
-Au-delà du nécessaire recyclage des déchets, la hausse des prix est une alliée en la matière. En effet, elle peut permettre d’investir là où la ressource n’était pas accessible de manière économiquement rentable.
Enfin, il faudrait en amont une autre vision du métier d’exploitant minier, afin d’éviter les énormes dégâts humains et environnementaux liés à l’extraction du minerai. Tel n’est pas le cas dans le contexte frénétique de la quête actuelle.
-Je vous remercie, chère Dominique, pour ces quelques instants riches en enseignement.
-La prochaine fois, j’aimerais avoir le temps de vous parler d’une autre menace. J’espère ne pas avoir trop gâché vos fêtes de fin d’année.
-Non, non…C'est toujours un plaisir, et je ferai la fête un peu plus tard quand j’aurai digéré vos paroles. A bientôt, donc?
-A la prochaine, Brigitte…et bonne année! »
Les propos en italique tirent leur source dans Echo Nature hors série n°1.