Quand Viel veille
« -Bonjour Dominique Viel. Vous êtes passionnée depuis longtemps par l’environnement et vous vous êtes notamment intéressée à une pollution particulière. Pouvez-vous nous en dire plus?
-Bonjour Brigitte Bouche-Trou, et merci de me recevoir.
Oui, on parle beaucoup du CO2 et du phénomène d’effet de serre, mais beaucoup moins du ‘Pacific Garbage Pit’ . C’est le nom qui a été donné à cette ‘soupe’de plastiques découverte par le capitaine Charles Moore, en 1997, dans l'Océan Pacifique Nord, entre la Californie et Hawaï.
Alors qu’il empruntait une route nouvelle avec son catamaran, il fut horrifié lorsque, sur 1000 miles nautiques, il découvrit le spectacle d’une multitude d’objets en plastique flottant sur la mer: bouteilles, sacs, jouets, pneus, briquets, filets et lignes de pêche, chaussures, insignes en bakélite de l’armée américaine de la Seconde Guerre Mondiale…au total 30 millions de tonnes de débris à la surface de l’eau. Il a décidé de consacrer sa vie à la réhabilitation des eaux marines (www.algalita.org)
-Comment nos plastiques si utiles finissent-ils dans cette soupe?
-Léger, peu coûteux, prenant toutes les formes, se prêtant à toutes les couleurs et imitant tous les matériaux, le plastique est omniprésent. Mais la médaille a son revers.
Bien sûr, quelques statistiques sont réconfortantes: en France, comme dans la plupart des pays occidentaux, une bouteille en plastique sur deux est recyclée. Cependant, les emballages ménagers représentent moins de 1% en France de l’ensemble des déchets, et le taux de recyclage du volume de plastique utilisé au niveau mondial n’est que de 3 à 5%.
-Pourquoi ne le recyclons-nous pas mieux?
-Tout d’abord, certains matériaux ne sont pas techniquement recyclables. D’autres sont composés de différents types de plastique, impossibles à séparer. Enfin, la rentabilité économique du recyclage est parfois trop faible. C’est ainsi que la plupart d’entre eux se retrouvent un jour ou l’autre à la mer. Les plastiques ne sont biodégradables que sur plusieurs centaines d’années: 100 ans pour un briquet, de 100 à 1000 ans pour un sac, un gobelet ou une bouteille, 450 ans pour une cartouche d’imprimante vide, 1000 ans pour le polystyrène expansé.(http://www.notre-planete.info/actualites/actu_1471.php)
-Quel danger représentent-ils?
-Chaque année, les plus gros déchets causent la mort de millions d’animaux marins: tortues, méduses, poissons, phoques, baleines, albatros, qui finissent étouffés, étranglés, déchirés par tous ces objets qu’ils prennent pour des proies. Mais le massacre ne s’arrête pas là. Les poisons chimiques les plus toxiques (essentiellement les Polluants Organiques Persistants (http://www.chem.unep.ch/pops/fr/default.htm), insolubles dans l’eau, ont une affinité chimique pour ces molécules de plastique, avec lesquelles ils se lient. Ces micro-déchets, absorbés par les petits invertébrés gélatineux, qui sont eux-mêmes la proie des poissons, polluent ainsi toute la chaîne alimentaire et finissent un jour ou l’autre dans nos assiettes.
-Quels en sont les effets sur nos organismes?
-L’un des effets est d’imiter l’œstrogène, ce qui modifie le système reproducteur en le féminisant, et réduit la fertilité des animaux et des hommes. Ce phénomène pourrait constituer lun des facteurs de la baisse générale de fécondité observée depuis les récentes décennies.
En outre, une étude a mis en évidence que de petits animaux exposés avant la naissance à de faibles doses de bisphénol A devenaient obèses. Or, ce produit a été détecté dans le sang de toutes les personnes testées aux Etats-Unis! C’est pourquoi il est aujourd’hui soupçonné d’être l’un des facteurs de l’épidémie d’obésité apparue depuis deux décennies dans le monde occidental.
-Les autres mers de la planète sont-elles à l’abri?
-La Méditerranée offre le nombre le plus élevé de déchets au km2 parmi les fonds marins explorés. (http://www.mer-terre.org/)
-Bon, et bien, c’est sur cette note optimiste que nous nous quittons, chère Dominique…
-Merci Brigitte. La prochaine fois nous pourrons parler des menaces minérales et des nuages de poussière? Mais, ne faites pas cette tête! Je pense tout de même que des voies possibles existent pour préserver l’humanité du pire.
-En effet, je l’espère. Je ne saurais oublier de conseiller d'ailleurs la lecture de votre livre Ecologie de l’Apocalypse, paru aux Editions Ellipses en 2006.
On y arrivera! Allez! Ciao Domi! 
Les propos en italique sont tirés de "Echo Nature" hors-série n°1