Albert Hofmann est docteur en chimie, passionné aussi de biologie et zoologie. Alors qu’il cherche un stimulant
circulatoire, à base d’ergot de seigle, il découvre, parmi les amides, un alcaloïde qui deviendra le diéthylamide LSD-25.
En le testant sur des animaux, il observe une certaine agitation chez ceux-ci, sans plus.
Mais cinq ans plus tard, en absorbant par accident (il suppose qu’il s’est frotté les yeux) une infime dose de produit, il connaît son premier mini « voyage » avec malaise, agitation,
puis visions kaléidoscopiques.
Sa curiosité piquée, il tente l’experience, volontairement cette fois. Il absorbe la dose qu’il pense la plus petite
pour obtenir des effets et note tout ce qui se passe:
…Je ne pouvais plus parler de manière intelligible qu'au prix d'efforts extrêmes, et demandai à ma laborantine, que
j'avais mis au courant de l'expérience, de m'accompagner jusque chez moi. Rien que lors du trajet en vélo [...] mon état prit des proportions inquiétantes. Tout ce qui entrait dans mon champ de
vision oscillait et était déformé comme dans un miroir tordu. J'avais également le sentiment de ne pas avancer avec le vélo, alors que mon assistante me raconta plus tard que nous roulions en
fait très vite.
…Mon environnement se transforma alors de manière angoissante. [...] les objets familiers prirent des formes
grotesques et le plus souvent menaçantes. Ils étaient empreints d'un mouvement constant, animés, comme mus par une agitation intérieure. La voisine [...] n'était plus Madame R. mais une sorcière
maléfique et sournoise au visage coloré, etc, etc.
…Des formes fantasmagoriques et bariolées déferlaient sur moi en se transformant à la manière d'un kaléidoscope,
s'ouvrant et se refermant en cercles et en spirales, jaillissant en fontaines de couleur, se réorganisant et se croisant, le tout en un flot constant. Je remarquai notamment la façon dont toutes
les perceptions acoustiques, telles que le bruit d'une poignée de porte ou celui d'une voiture passant devant la maison, se transformaient en sensations optiques. Chaque son produisait une image
animée de forme et de couleur correspondante.
On s’est aperçus plus tard qu’il avait pris une dose au moins 4 fois plus importante qu’une dose considérée
« normale » aujourd’hui.
Malgré ses séances sous psychotropes, il a continué ses recherches, notamment sur les champignons hallucinogènes. Il
estimait que, dans un but thérapeutique, ces substances étaient vouées au succès.
Je ne sais pas s’il se doutait qu’elles seraient plutôt utilisées comme des drogues et interdites dès la fin des années
60.
Il meurt à 102 ans, en pleine forme. Il y a de quoi se poser des questions!
ENTRACTE
Lorsque j’étais plus jeune, avec P, mon meilleur ami, nous faisions des quiches que nous allions vendre aux sorties de concerts. Nous avions un
panneau avec notre « marque de fabrique ». Il y était écrit: Les quiches à Lucie, et dessous: Lucie qui? Lucie Nogène!
Nous vendions donc des quiches à Lucie Nogène. Certains ont en ressenti les effets toute la nuit.
Peut-on parler de Hofmann sans évoquer Timothy Leary? Lui, grand consommateur de LSD, qui prôna toute sa vie l’usage
des drogues.
Bien sûr, la démarche de Leary est bien plus « ludique », mais aussi plus mystique.
Tout a commencé au Mexique, alors qu’il était étudiant. Il découvre les effets de la psilocybe et décide de consacrer
ses recherches sur certains psychotropes, dont le LSD.
Il observe alors, outre les bienfaits sur l’alcoolisme, la criminalité ou la psychiatrie, une série d’expériences
mystiques ou spirituelles qui vont l’inciter à étudier ce qu’il appelle l’expansion de conscience.
Il fera de sa vie un grand « laboratoire », vivant à l’écart dans un grand manoir avec ses amis et sa
famille et aura de sérieux ennuis avec la justice. Il sera considéré pendant un temps l’homme le plus dangereux des Etats-Unis et fera plusieurs années de prison, avant de s’évader. Réfugié en
Algérie avec sa femme, puis en Suisse, il voyage tout de même et se fait arrêter en Afghanistan.
Timothy est dans les chansons, il devient une star, une référence pour le mouvement hippy. Une sacrée époque, quand même!
Rentré aux USA, il écrit plusieurs ouvrages, assez occultes, ayant trait à cette fameuse ouverture de conscience. Il la retrouvera aussi dans le Livre des Morts Tibétain, et s’en inspirera pour
écrire A psychedelic Manual.
Ce livre est d’ailleurs en cours de traduction par mon ami C.M. Je pense qu’il sera bientôt disponible, donc, en
français.
Il est mort en faisant filmer son agonie, en répétant « Why not? »
Pourquoi pas?
NOTE IMPORTANTE
Loin de moi l’idée, à travers ce post, de prôner l’usage des drogues, quelles qu’elles soient.
Cependant, je ne suis pas pour les interdictions de ce genre. Surtout quand on voit les méfaits de certains produits
tout à fait licites: alcool, tabac, pétrole, centrales nucléaires, hypermarchés, OGM, portables…
Allez, bonne soirée quand même!
Quelques liens:
http://www.syti.net/LearyEvolution.html
http://www.agora-international.com/cgi-bin/
http://www.fluctuat.net/blog/4707-Troupes-britanniques-sous-LSDrittaniques sous lsd
Vos remarques avisées