
J'aurais peut-être dû réviser mes classiques (voire tout simplement les lire pour certains) avant d'aller voir l'expo "De la scène au tableau" au Musée Cantini, vendredi dernier. Le plaisir en aurait-il été plus subtil?
David, Delacroix, Hayez, Degas, Gustave Moreau, Toulouse-Lautrec, Vuillard, Klimt
...
Près de deux cents œuvres (datant du XVIIIème au début du XXème siècle) réunies au musée Cantini, peintures, dessins et maquettes de décors, pour mettre en évidence l'influence qu'a eu le théâtre
sur la peinture, mais aussi l'interêt que portaient les peintres pour les arts de la scène. Une rencontre d'artistes qui n'étonne personne aujourd'hui mais, avant ces prémices de la modernité,
aucun peintre connu n'aurait daigné dessiner un décor de théâtre.
Quelques-uns de mes tableaux
préférés:
Jacques Louis David. Le Serment des Horaces. 1786.
"Mon père, retenez des femmes qui s'emportent,
Et, de grâce, empêchez surtout qu'elles ne sortent.
Leur amour importun viendrait avec éclat
Par des cris et des pleurs troubler notre combat..."
(Horace, dans "Horace" de Racine, acte II, scène VIII)
Alexandre Cabanel. Phèdre. 1880.
"Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour ;
Digne fils du héros qui t'a donné le jour,
Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !"
(Phèdre à Hyppolite dans "Phèdre" de Racine)
James Barry.
Le Roi Lear pleurant la mort de Cordélia. 1774.
"La bouche déchire la main qui l'a nourrie, dépèce le flanc qui l'a portée, vomit l'amour qui l'a élevée. Ô,
Lear, seigneur infortuné,
tu sauras donc de tes filles laquelle t'aimait le mieux..."
(King Lear. W. Shakespeare)
Jean-Paul Laurens. L'excommunication de Robert le Pieux.
1875.
"Dans le temps où Dieu
jeta les yeux sur les fils des hommes,
pour voir s'il en
était un qui le connût et le cherchât,
le roi des Français fut
Robert, d'une très noble
origine, fils de l'illustre Hugues, et d'Adélaïde..."
(La vie du roi Robert. Abbon)
Francesco Hayez. Caterina Cornaro recevant l'annonce de sa destitution du royaume de Chypre. 1842.
Paul Delaroche. Les Enfants d'Edouard. 1831.
"Ni la tour de pierre, ni les murailles de bronze travaillé,
Ni le cachot privé d'air, ni les liens de fer massif,
Ne peuvent enchaîner la force
de l'âme."
(W. Shakespeare. Jules Cesar)
Gaetano Previati. Paolo et Francesca. 1887.
"Nul effet
provenant de la raison ne peut durer toujours,
parce que les désirs
des hommes changent
suivant les influences du ciel."
(Dante. La Divine Comédie)
Gustav Klimt. Le Comédien Josf Lewinsky dans le rôle de Carlos. 1895.
Est-on tenu de (re)lire Corneille, Racine ou Shakespeare pour apprécier les chefs-d'oeuvre qu'ils ont inspirés? A vous de juger.
Comme le disait mon ami Pierre Desproges: "Et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a écrit Hamlet, Molière avait-il lu Rostand ?"


Vos remarques avisées